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Angkor est aujourd'hui le nom d'un parc archéologique, le plus vaste du monde, situé au Royaume du Cambodge, à quelques kilomètres au nord de la ville de Siem Reap.
La principale attraction d'Angkor est constituée par les vestiges de grands monuments religieux médiévaux , parmi lesquels le plus célèbre connu sous le nom de « Angkor Vat ».
Mais Angkor Vat et les grands temples du parc archéologique ne sont que la partie visible d'un iceberg gigantesque comprenant d'abord sur un premier niveau et autour d’ Angkor, l'antique Mohanokor, un système urbain s'étendant sur au moins 200 kilomètres carrés et comprenant plus de 1000 vestiges de monuments.
Mohanokor, « Ville-Rizière », « Cité Hydraulique », « Demeure des Dieux » a été pendant six siècles - du 9e au 14e inclus, soit une époque plus ou moins contemporaine du moyen age occidental - l’étonnante capitale de l'Empire Khmer, appelé en Inde Souvanaphoum, c’est-à-dire l’Eldorado.
Cet Empire, deuxième niveau de notre iceberg est devenu aujourd'hui une idée nationale spectrale, certes toujours vivante dans le coeur des peuples angkoriens, mais malheureusement anesthésiée, blessée, diminuée par les effets meurtriers des nationalismes engendrés par le très artificiel découpage politique actuel... Or Angkor il y'a peu de temps, cinq siècle seulement étendait son emprise sur l'ensembles des territoires de la péninsule indochinoise… Une emprise au moins équivalente sur le plan de la « force civilisatrice » à celle que l'Empire romain exerçait sur la péninsule européenne il y'a quinze siècles.
Quant au troisième niveau de notre iceberg, c’est le plus vaste, le plus omniprésent, le plus complexe et donc, le plus indéfinissable… Mais tous les voyageurs – non seulement les visiteurs du Cambodge, mais aussi de ceux des autres pays indochinois et même indonésiens - savent de quoi il est question… Il s’agirait d’un Esprit, un genre d’infini et de néant , qui unit puissamment les peuples du sud est asiatique dans leur apparente et buissonnante diversité et qui est le résultat de puissants et profonds chocs ethniques et linguistiques générateurs de chaos mais aussi de fructueux métissages.
Au final le voyageur de cette péninsule visite une hyper nation habitée d’une humanité profonde, attachante, différente, excessive dans ses côtés humains adorables ou exécrables…
Cet esprit d’Angkor n’est pas le moins du monde d’un autre siècle, ou en ruines… Il est bien vivant et pourrait utilement alimenter la réflexion nécessaire et urgente concernant l’évolution du modèle de société de production / consommation, qui a prévalu au niveau planétaire ces dernières années, qui se dirige à une vitesse excessive dans une impasse inéluctable, et qui constitue une véritable horreur en termes de Civilisation et d’Esprit.